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Le Canada et les innovations dans les transfusions

L’un des aspects les plus complexes de la médecine militaire (et d’urgence) est la stabilisation des patients ayant subi des traumatismes et des pertes de sang importantes. Le Canada contribue grandement au développement des transfusions sur le champ de bataille. Il facilite l’accès aux transfusions sanguines pendant la Première Guerre mondiale et crée des unités mobiles de transfusion pendant la guerre civile espagnole. Le Canada est aussi un chef de file dans la production de plasma lyophilisé pendant la Deuxième Guerre mondiale. Lors de la guerre en Afghanistan, les Canadiens mettent sur pied une banque de sang à l’hôpital de rôle 3 à Kandahar, où le taux de survie se situe entre 95 % et 98 %. Ces avancées permettent non seulement de réduire les taux de mortalité et d’améliorer les soins médicaux lors des conflits armés, mais aussi de mieux traiter les traumatismes au sein de la population civile.

Transport médical

Transfusion sanguine : Première Guerre mondiale

À l’époque de la Première Guerre mondiale, en cas de perte importante de sang, l’intervention la plus courante pratiquée par les médecins britanniques consiste à injecter une solution saline. Cela augmente le volume sanguin, mais bien souvent, la santé du patient décline rapidement peu de temps après, puisque la dilution du sang ne peut restaurer les fonctions normales. Dans la pratique civile américaine, les chirurgiens mettent au point des techniques de transfusion sanguine efficaces. Toutefois, les États-Unis n’entrent en guerre qu’en avril 1917, et la plupart des unités militaires alliées utilisent la méthode britannique. Cela change cependant grâce au travail des médecins canadiens, en particulier L. Bruce Robertson.

Le saviez-vous?
Les groupes sanguins A, B et C (rebaptisé plus tard O) sont découverts en 1900, tandis que le groupe AB est découvert en 1902. C’est en 1907 qu’a lieu la première transfusion utilisant le groupe sanguin et la compatibilité croisée.


Bruce Robertson obtient son diplôme de médecine à l’Université de Toronto en 1909, puis poursuit sa formation à New York et à Boston, où il se familiarise avec les techniques de transfusion sanguine. Il réalise des transfusions au Hospital for Sick Children de Toronto, qu’il rejoint en 1913, et publie des articles dans des revues médicales canadiennes et américaines. Lorsque la guerre éclate en 1914, il s’engage immédiatement dans l’armée, tout comme de nombreux autres médecins et étudiants en médecine du Canada.

Peu après son arrivée outre-mer en 1915, il est affecté à une unité médicale britannique en France. Il y commence immédiatement à pratiquer des transfusions, prélevant du sang sur des soldats légèrement blessés pour le transfuser à des patients souffrant de traumatismes graves. Pendant la guerre, il publie également des articles sur cette technique dans des revues médicales britanniques. Les résultats positifs des transfusions sanguines impressionnent les chirurgiens britanniques, qui, à la fin de la guerre, remplacent la perfusion saline par cette pratique. En 1919, le médecin-chef du Royal Army Medical Corps décrit ce changement comme « le progrès médical le plus important » issu de la guerre. Il écrit : « Nous devons principalement la popularisation de cette méthode à nos collègues canadiens en France. »

Unité mobile de transfusion

Unité mobile de transfusion sanguine : guerre civile espagnole

Un autre exemple d’innovation canadienne est la création d’un service mobile de transfusion sanguine sur la ligne de front durant la guerre civile espagnole par le Dr Norman Bethune. Tout comme le Dr Robertson, il sert pendant la Première Guerre mondiale. À l’instar de nombreux autres étudiants en médecine canadiens, il s’engage dans le corps médical au début de la guerre et travaille comme brancardier. Blessé lors de la deuxième bataille d’Ypres en avril 1915, il regagne le Canada et obtient son diplôme de médecine en 1916. Il reprend son service militaire et sert à bord du porte-avions HMS Pegasus de la Royal Navy. Après la guerre, il se perfectionne au Royaume-Uni, puis ouvre un cabinet privé aux États-Unis, où il contracte la tuberculose. En 1928, il devient chirurgien thoracique à l’Hôpital Royal Victoria de l’Université McGill à Montréal. Désillusionné par les disparités sociales dans les années 1930, il se joint au Parti communiste en 1935.

Norman Bethune fait partie des quelque 1 700 Canadiens qui s’engagent dans la cause républicaine pendant la guerre civile espagnole. Il arrive en Espagne en novembre 1936. En décembre, il crée le Servicio Canadianse de Transfusion de Sangre, le Service canadien de transfusion sanguine. Il met sur pied un centre de donneurs de sang à Madrid et utilise un véhicule spécialisé équipé d’un réfrigérateur, d’un stérilisateur et d’un incubateur fonctionnant au kérosène pour livrer des produits sanguins aux premières lignes. En cinq mois, l’unité réalise jusqu’à 100 transfusions par jour sur un front qui s’étale sur 1000 km. À la fin de la guerre, elle dispose d’une flotte de cinq véhicules et d’une centaine d’employés, et a transfusé environ 5 000 unités de sang.

L’unité du Dr Bethune n’est pas la première unité mobile de transfusion sanguine en Espagne, puisque le Dr Frederic Duran i Jordà dirige une clinique mobile deux mois avant son arrivée. Cependant, il en conçoit lui-même l’idée, et l’unité canadienne couvre un plus vaste territoire. On estime que les interventions du Service canadien de transfusion sanguine permettent de réduire le taux de mortalité de 30 %.

Transfusion sanguine pendant la Deuxième Guerre mondiale

Produits sanguins lyophilisés : Deuxième Guerre mondiale

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les unités de transfusion sanguine accompagnent souvent les unités chirurgicales mobiles. Elles ont cependant des limites, notamment parce que le sang ne peut être conservé qu’environ une semaine dans un réfrigérateur. De plus, la demande massive de sang pendant la guerre est insoutenable. La mise au point des produits sanguins lyophilisés (plasma et sérum) représente une avancée majeure en médecine militaire, puisqu’ils permettent d’augmenter le volume sanguin et de traiter efficacement les chocs.

Au début de la guerre, le Dr Charles Herbert Best, codécouvreur de l’insuline, travaille sur une forme concentrée de sérum. Ses recherches sont influencées par les travaux du Dr Charles R. Drew, un Américain ayant développé une technique pour isoler et déshydrater le plasma sanguin. Le sérum est un composant du plasma sanguin. La principale différence entre les deux est que le sérum coagule avant d’être centrifugé, ce qui explique sa faible teneur en protéines de coagulation. L’un des avantages du sérum par rapport au plasma est la réduction du risque de coagulation spontanée pendant un stockage prolongé. Se concentrant principalement sur l’augmentation du volume sanguin, les scientifiques n’ont peut-être pas pleinement saisi l’importance des facteurs de coagulation lors du traitement des pertes de sang importantes.

La meilleure façon d’isoler le sérum consiste à faire coaguler le sang, puis à effectuer une aspiration et une centrifugation. Le sérum est ensuite filtré et analysé avant d’être transféré dans des flacons et congelé dans un mélange de glace carbonique et d’alcool. Le sérum lyophilisé ainsi obtenu peut être réhydraté avec de l’eau distillée stérile selon les besoins. Cette méthode présente des avantages manifestes en temps de guerre, car le sérum lyophilisé est léger et se conserve longtemps. Il peut également être stocké et réhydraté rapidement, ce qui permet au personnel médical de stabiliser les patients ayant subi une perte de sang importante.

La demande en sérum lyophilisé est forte et le gouvernement fédéral investit massivement dans sa production. Les Canadiens font 2,5 millions de dons de sang par l’entremise de la Croix-Rouge canadienne, lesquels sont ensuite envoyés à la société Connaught Laboratories à Toronto pour y être traités. L’usine fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et produit 400 000 flacons de sérum lyophilisé pour les forces canadiennes et alliées pendant la guerre. L’Université de Montréal en produit 30 000 autres.

À la fin de la guerre, cependant, on s’inquiète de plus en plus de la contamination du sérum (et du plasma) par des maladies transmissibles par le sang. Après une épidémie d’hépatite pendant la guerre de Corée, les programmes de lyophilisation du sérum et du plasma sont interrompus en Amérique du Nord. Toutefois, les avancées récentes dans les tests, la réduction des agents pathogènes et la lyophilisation ravivent l’intérêt pour les produits sanguins lyophilisés. Par conséquent, la Société canadienne du sang et les Forces armées canadiennes travaillent ensemble à la création de plasma lyophilisé pour un usage militaire et civil.

Transfusion de plasma

Banque de sang mobile : Afghanistan

Le 21e siècle connaît un regain d’intérêt pour les transfusions de sang total. Cela inclut le recours aux « banques de sang mobiles », qui garantissent la disponibilité d’un bassin de donneurs présélectionnés en cas d’urgence. Cette approche constitue un aspect important de la réponse médicale à la situation pendant la guerre en Afghanistan.

En 2006, le Canada prend en charge l’hôpital de rôle 3 à Kandahar. De 2006 à 2011, des milliers de soldats canadiens et alliés sont déployés dans cette ville afghane. Le personnel médical y traite un grand nombre de patients souffrant de traumatismes complexes et ayant subi d’importantes pertes de sang. Les blessures les plus courantes sont causées par des engins explosifs improvisés, des armes à feu et des tirs d’artillerie. Les scientifiques estiment maintenant que, dans de telles situations, le sang total offre les meilleures chances de survie, puisqu’il fournit tous les composants du sang en proportion adéquate.

Pour répondre à ce besoin, les Forces armées canadiennes collaborent avec la Société canadienne du sang afin d’instaurer un programme de banque de sang mobile. Dans le cadre de ce programme, les militaires consentent volontairement à un prélèvement sanguin effectué par la Société canadienne du sang avant leur départ pour l’Afghanistan. Comme les donneurs de sang réguliers, ils doivent passer des tests de groupe sanguin et de dépistage de maladies transmissibles par le sang. Le personnel médical de Kandahar a accès à ces renseignements et peut sélectionner des donneurs compatibles parmi les soldats de la base en cas de besoin. La banque de sang mobile est considérée comme un facteur contributif important de la faible mortalité au sein des forces de la coalition à Kandahar. De telles banques sont déployées dans d’autres forces militaires et théâtres d’opérations et font partie des plans d’urgence en cas d’événements causant un grand nombre de blessés civils.

Formation sur les traumatismes