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Le nylon et la Deuxième Guerre mondiale

Le nylon a été breveté en 1938 et commercialisé dès 1939. Ce tissu est rapidement devenu très populaire auprès des consommateurs, surtout chez les femmes, et il a supplanté la soie comme matière de prédilection pour les bas. Durant la Deuxième Guerre mondiale, ce tissu est devenu très recherché pour la fabrication de produits militaires comme les parachutes, les tentes et les lacets. Cette situation a mené à l’imposition d’un contrôle strict du nylon par la Commission de contrôle des industries en temps de guerre. Alors les femmes ont dû se priver de porter des bas de nylon et se peindre les jambes au lieu, ou se procurer leur bas de nylon sur le marché noir. Après la guerre, la demande des bas de nylon a explosé.

Veronica Foster

Développement et production du nylon

Le nylon est breveté après onze années de développement par la compagnie chimique américaine DuPont. La compagnie DuPont obtient le brevet en 1938, et le nylon fait ses débuts sur le marché à des fins commerciales lors de l’Exposition universelle de New York de 1939-1940. Les journaux font état de ce nouveau tissu révolutionnaire et ils positionnent le Canada comme étant le pays idéal pour la production de nylon, grâce à ses abondantes ressources en matières premières, à savoir « le charbon, l’eau et l’air ». Les registres d’importation de 1939 montrent une nette augmentation de la demande de produits en « soie artificielle » (probablement de la rayonne et du nylon), et en 1942, le Canada commence la production de fil de nylon.

L’utilisation la plus courante du nylon dans le secteur pour les consommateurs est le remplacement de la soie dans la confection de bas pour femmes. Comparé à la soie, le nylon est durable et résistant aux insectes et aux moisissures, et il représente une avancée majeure dans le domaine des fibres synthétiques.

Relations internationales et boycottages de la soie

La demande en nylon est également liée à des événements internationaux. Jusqu’en 1941, le Canada entretient des relations commerciales mutuellement avantageuses avec le Japon, un important producteur de soie, et ce malgré l’expansionnisme agressif de ce pays en Asie. Le Canada continue notamment de fournir au Japon des métaux destinés à la fabrication d’armes, ce qui suscite la controverse parmi les Canadiens.

Des organisations comme la Ligue de la Société des Nations au Canada et la Canadian League for Peace and Democracy font appel au boycottage national des produits japonais. À Vancouver, des boycottages populaires attirent également l’attention, certains servant de prétexte à des manifestations contre les Canadiens d’origine japonaise. Certaines femmes du Canada et des États-Unis boycottent les bas de soie, préférant les remplacer par des tissus fabriqués au pays.

L’impact des boycottages populaires canadiens demeure incertain. Les échanges commerciaux entre le Canada et le Japon augmentent entre les années fiscales de 1935-1936 et de 1937-1938, avant de décliner en 1938-1939. Selon les archives du ministère du Commerce, la valeur des importations de soie au Canada diminue en 1939, tandis que les importations de fils de soie artificielle connaissent une forte hausse, plus particulièrement en provenance des États-Unis. Après l’attaque de Pearl Harbor par le Japon en 1941, le premier ministre William Lyon Mackenzie King décrète des embargos commerciaux contre le Japon, ce qui affecte encore davantage l’approvisionnement en soie.

Utilisations militaires du nylon

Les bas en nylon deviennent rares sur le marché en 1942. Grâce à sa résistance, son élasticité, sa légèreté et sa résistance aux insectes et aux moisissures, le nylon devient rapidement indispensable à l’effort de guerre allié. Après que les États-Unis déclarent la guerre au Japon en 1941, la soie devient difficile à obtenir. Il faut donc produire d’énormes quantités de nylon pour fabriquer des parachutes, des bâches, des tentes, des filets, des cordes et des lacets pour les troupes stationnées à l’étranger. En 1940, environ 90 % du nylon produit par DuPont est destiné à la fabrication de bas; dès 1942, la quasi-totalité de la fabrication du nylon est réorientée vers l’effort de guerre.

Parachute

Bas pour femmes et Commission de contrôle des industries en temps de guerre

Contrairement au Royaume-Uni et à certains pays du Commonwealth, les Canadiens ne rationnent pas les vêtements et les tissus au moyen de coupons de rationnement. Par contre, la fabrication et la distribution du nylon sont strictement réglementées par la Commission de contrôle des industries en temps de guerre du Canada. À certains moments, cette commission restreint ou retire complètement certains produits du marché afin de réaffecter les matières premières à l’effort de guerre.

Par conséquent, les bas en nylon sont difficiles à trouver dans les magasins conventionnels, et malgré la mise en place de prix plafonds par le gouvernement, les prix sont affectés par la rareté et l’inflation.

Les Canadiennes trouvent toutes sortes de solutions ingénieuses pour se passer de bas; elles appliquent « des bas liquides », soit une peinture corporelle couleur chair, et elles utilisent des crayons à sourcils pour dessiner des coutures de bas au dos de leurs jambes. Elles font ceci à la maison ou dans les grands magasins, qui proposent ce service d’application. Des versions improvisées de cette technique utilisent du colorant à sauce brune, du thé ou de l’iode pour colorer les jambes, et les coutures peuvent être dessinées à la main ou à l’aide d’un outil de dessin.

Bas liquides

Les bas sur le marché noir

Pour certaines femmes, le marché noir est la solution pour se procurer des bas difficiles à trouver. Ce marché est particulièrement actif dans l’Ouest canadien, et plus particulièrement en Alberta, où de nombreuses personnes estiment que la Commission des prix et du commerce en temps de guerre réglemente les prix de manière injuste. Les marchés noirs sont non réglementés et ne sont pas soumis aux plafonds de prix fixés par le gouvernement, alors les bas y sont vendus à des prix exorbitants, ce qui s’avère extrêmement rentable pour les vendeurs.

Émeutes du nylon

Après la guerre, les bas de nylon deviennent à nouveau disponibles sur le marché. Ils sont extrêmement populaires, et de célèbres émeutes du nylon éclatent dans plusieurs endroits aux États-Unis. Les commerçants canadiens se préparent donc à faire face à des troubles semblables. À Vancouver, un commerçant va même jusqu’à ériger des barricades par crainte des foules agitées et indisciplinées. Toutefois, même si les Canadiennes se ruent en masse et avec enthousiasme pour acheter des bas de nylon, leurs comportements de foule sont moins explosifs, et aucune blessure ni aucun incident violent ne sont signalés.

La production de bas en nylon augmente et le nylon devient le tissu de prédilection de nombreuses Canadiennes et Américaines, remplaçant définitivement la soie. Bien que les bas de nylon demeurent à la mode longtemps après la guerre, ils sont éventuellement détrônés par les bas-culottes dans les années 1960, en raison de leur facilité d’utilisation.

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