Eleanor Marguerite (née Hill) Venning, F.R.S.C., chimiste, endocrinologue, chercheuse (née le 16 mars 1900 à Montréal, au Québec; décédée le 21 juin 1988 à Cornwall, en Ontario). Les travaux révolutionnaires d’Eleanor Hill Venning ont transformé notre compréhension de l’influence du niveau hormonal sur la santé et sur la maladie. Avant ses découvertes, on pouvait difficilement mesurer les hormones stéroïdes dans le sang en raison de leur élimination rapide de la circulation sanguine. En 1936, les docteurs Venning et John Browne ont constaté que les hormones stéroïdes se métabolisaient et s’accumulaient dans l’urine sous forme de composés stables. En 1937, Dre Venning a mis au point une méthode gravimétrique pour isoler le principal produit du métabolisme de la progestérone, le prégnandiol glucuronide de sodium (aujourd’hui connu sous le nom de PdG). Elle a ainsi démontré pour la première fois qu’on pouvait mesurer les métabolites des hormones stéroïdes dans l’urine. Elle a réalisé une avancée significative dans les évaluations cliniques grâce à sa capacité à déterminer des concentrations précises de métabolites hormonaux stables dans l’urine. En collaboration avec ses collègues, elle a également développé une méthode de dosage colorimétrique photoélectrique nettement plus sensible pour étudier le métabolisme de l’œstrone (maintenant appelée œstrogène) pendant la grossesse. L’accès à des outils permettant d’étudier les hormones clés du cycle œstral est devenu fondamental pour définir l’état de santé de la grossesse. En combinant des connaissances chimiques et des données cliniques, ses travaux de recherche ont comblé l’écart entre la chimie clinique et la santé maternelle et fœtale, ainsi que celle du cycle menstruel.

Termes clés
Prégnandiol — Produit de la dégradation de la progestérone. Son dosage permet de déterminer la phase du cycle menstruel ainsi que l’état de santé de la grossesse. Pendant la phase lutéale, le follicule se transforme en corps jaune, une structure qui produit l’hormone progestérone.
Œstrone — Nom historique de la classe d’hormones connue sous le nom d’œstrogène. Initialement isolée du placenta et de l’urine humains par James Bertram Collip, à l’Université McGill, l’œstrone humaine est ensuite commercialisée par Ayerst, McKenna & Harrison ltd sous le nom d’Emmenin. L’œstrone isolée et purifiée à partir d’urine de jument gestante, selon la méthode des docteurs Venning, Evelyn, Harkness et Browne (1937), est également commercialisée par Ayerst, McKenna & Harrison ltd sous le nom de Premarin.
Hormones stéroïdes — Dérivées du cholestérol et produites par les glandes endocrines. Elles comprennent la progestérone et la testostérone, ainsi que les hormones surrénaliennes, telles que le cortisol (hormone du stress) et l’aldostérone (qui régule la tension artérielle et l’équilibre électrolytique).
Glandes endocrines — Glandes sécrétant diverses hormones nécessaires au maintien de la vie. Les hormones stéroïdes sont produites par les ovaires et les testicules, qui sécrètent la progestérone et la testostérone, et par les glandes surrénales, qui sécrètent le cortisol et l’aldostérone. Les hormones protéiques incluent le GLP-1, sécrété par les cellules endocrines de l’intestin, et l’insuline, sécrétée par les cellules endocrines du pancréas. La glande thyroïde sécrète des hormones dérivées des acides aminés contenant de l’iode, la triiodothyronine (T3) et la thyroxine (T4). L’hypophyse, ou glande pituitaire sécrète diverses hormones protéiques, telles que l’hormone de croissance, la prolactine et d’autres hormones protéiques, notamment la corticotrophine (ACTH), qui régule la production de cortisol par le cortex surrénal.
Famille et vie personnelle
Eleanor Marguerite Hill est la deuxième des trois enfants de George William Hill et d’Elsie Annette Kent. Après des années de formation à l’étranger, le couple s’installe dans le quartier Saint-Louis (aujourd’hui le Plateau-Mont-Royal) à Montréal, où George commence sa remarquable carrière de sculpteur. Ses œuvres montréalaises comprennent le Monument à sir George-Étienne Cartier (1919), le Monument aux héros de la guerre des Boers (1907) ainsi que le Lion de Belfort (1897).
En 1929, pendant ses études, Eleanor Marguerite Hill épouse Edward Albert Venning à Montréal. Immigré d’Angleterre en 1911, il sert dans le Corps expéditionnaire canadien pendant quelques mois en 1917 avant d’être démobilisé pour des raisons de santé (voir Première Guerre mondiale). Il travaille ensuite comme courtier pour la compagnie d’assurance Sun Life dans l’immeuble de bureaux faisant face aux monuments créés par son beau-père au square Dominion Square (aujourd’hui le square Dorchester).
Éducation et début de carrière
Après avoir obtenu son diplôme de la Strathcona Academy en 1916, Eleanor Marguerite Hill est admise à l’Université McGill. En 1920, elle y obtient un baccalauréat spécialisé en chimie. La même année, elle est l’une des six femmes à recevoir la bourse du Conseil national de recherches pour la recherche scientifique et industrielle, qui lui permet de financer sa maîtrise en chimie (1920-1921).
De 1925 à 1933, elle travaille comme assistante à la recherche à la Clinique universitaire de l’Hôpital Royal Victoria, tout en poursuivant son doctorat en médecine expérimentale. Elle travaille d’abord au laboratoire de métabolisme du Dr Edward Mason, situé dans l’ancien pavillon S de l’Hôpital Royal Victoria. Elle rejoint ensuite les laboratoires d’endocrinologie, où elle devient la première doctorante de Cyril Norman Hugh Long. Après le départ de celui-ci pour l’université de Pennsylvanie, elle poursuit ses études et obtient son doctorat sous la supervision de John Browne. Eleanor Hill Venning (1933) et Elizabeth Rhoda Grant (1932) sont les premières chercheuses en médecine à décrocher un doctorat en médecine expérimentale de la Faculté des études supérieures de l’Université McGill.
Moments marquants en carrière
Eleanor Hill Venning établit sa carrière de chercheuse à la Clinique universitaire de l’Hôpital Royal Victoria. On doit la création de cette clinique en 1925 à la recommandation de sir William Osler auprès de la Fondation Rockefeller pour l’obtention du financement, et au recrutement du célèbre docteur en médecine, Jonathan Meakins, par le doyen de l’époque, Dr Charles F. Martin. Ce dernier invite également James Bertram Collip à devenir le titulaire de la chaire de biochimie en 1928, succédant ainsi à Archibald B. Macallum, qui prend sa retraite. De 1928 à 1947, le Groupe d’endocrinologie de la Clinique universitaire est dirigé par le Dr Collip, le codécouvreur de l’insuline. Lorsqu’il quitte la chaire de biochimie en 1941, il devient président du nouvel institut d’endocrinologie de l’Université McGill, et se joint au Groupe d’endocrinologie de la Clinique universitaire. Cet institut dispose de laboratoires dans l’édifice médical Strathcona et, de l’autre côté de la rue, à l’Hôpital Royal Victoria, où travaillent les docteurs Venning et Browne. En 1947, la Clinique universitaire fusionne avec la Division de médecine expérimentale de la Faculté de médecine de l’Université McGill, sous la direction de John Browne, et Eleanor Hill Venning dirige le laboratoire d’endocrinologie. La Clinique universitaire se trouve alors à l’avant-garde de la recherche clinique à temps plein menée par des chercheurs universitaires.
En 1944, Eleanor Hill Venning passe de chercheuse universitaire à professeure adjointe. En 1960, elle est promue professeure titulaire de la Division de médecine expérimentale de la Faculté de médecine. Grâce à cette promotion, elle est l’une des deux seules femmes de l’époque (avec Dre Rae Chittick) à occuper ce poste à la Faculté de médecine. À sa retraite en 1968, en reconnaissance de son exceptionnelle carrière, elle reçoit le titre de professeure émérite. Elle devient ainsi la première femme chercheuse en médecine titulaire d’un doctorat de l’histoire de la Faculté de médecine à recevoir cet honneur.
Découvertes clés
Tout au long de sa carrière scientifique, elle s’intéresse aux voies métaboliques de la santé et de la maladie. Dès ses études de maîtrise, elle développe un intérêt pour le métabolisme lipidique. Plus tard, elle étend son champ d’intérêt aux hormones stéroïdes dérivées du cholestérol et à leur métabolisme, en particulier en analysant les extraits urinaires dans divers contextes de santé et de maladie, y compris la grossesse.
En 1937, elle réalise une percée majeure en isolant dans l’urine le produit de dégradation de la progestérone, le prégnandiol glucuronide de sodium (PdG). Elle met au point une méthode gravimétrique, appelée « méthode de Venning », qui permet de mesurer le métabolite purifié en fonction de son poids. Les docteurs Venning et Browne utilisent ensuite ce dosage pour démontrer que l’augmentation de la concentration de PdG dans l’urine correspond à la formation du corps jaune après l’ovulation. Ce corps jaune sécrète une quantité croissante de progestérone après la libération d’un ovule (ovulation) par l’ovaire, ce qui indique son bon fonctionnement. Cette structure endocrinienne, formée à partir des restes folliculaires après l’ovulation, prépare l’utérus à la grossesse. En isolant et en mesurant le PdG dans l’urine, la docteur Venning développe un outil de diagnostic pour l’ovulation et la santé pendant la grossesse.

Toujours en 1937, les docteurs Venning, Evelyn, Harkness et Browne utilisent la réaction chimique de Kober pour mesurer la concentration des métabolites d’œstrone dans l’urine à l’aide d’un colorimètre photoélectrique. L’extension de ces travaux aux extraits d’urine de juments gestantes conduit à l’obtention d’un brevet américain par la société Ayerst, McKenna & Harrison en 1944.
En 1946, Venning, Kazmin et Bell élaborent une méthode de dosage d’hormones corticostéroïdes surrénaliennes afin de mesurer les taux d’extraits d’hormones corticostéroïdes dans l’urine. L’injection chez la souris de l’extrait urinaire purifié augmente quantitativement les réserves de glycogène dans le foie, ce qui permet d’évaluer l’activité des hormones corticostéroïdes surrénaliennes. De plus, en 1946, Dre Venning démontre que les corticostéroïdes surrénaliens augmentent pendant la grossesse chez la femme. En 1947, les docteurs Venning et Browne confirment une augmentation significative des niveaux de corticostéroïdes glycogéniques dans divers troubles endocriniens cliniques. En 1949, la docteure Venning et ses collègues étendent ces études aux glucocorticoïdes pendant le développement néonatal et en situation de stress physiologique. Dans son autobiographie, le regretté Roger Guillemin, lauréat du prix Nobel de physiologie et de médecine en 1977, reconnaît la contribution des docteurs Venning et Browne dans la découverte des preuves cliniques démontrant que le système endocrinien réagit au stress via l’axe hypothalamo-hypophysosurrénalien. Ces preuves jouent un rôle clé dans les découvertes ultérieures de l’hypothalamus du cerveau comme intégrateur de la réponse au stress, et confirment l’hypothèse initiale de Hans Selye, alors à l’Université McGill, selon laquelle le cerveau contrôle le système endocrinien.
Les dernières recherches d’Eleanor Hill Venning portent sur les variations du taux d’aldostérone dans des conditions physiologiques, comme la maladie et la grossesse. En développant une méthode plus sensible que les précédentes pour mesurer l’aldostérone urinaire, elle et Singer démontrent que la cortisone diminue ce taux, ce qui améliore l’état des patients atteints de maladies rénales et cardiaques. Grâce à ce dosage, Venning et Dyrenfurth remarquent une hausse marquée du taux d’aldostérone pendant la grossesse, suivie d’une baisse importante après l’accouchement. Ils montrent que, pendant la grossesse, l’aldostérone est contrebalancée par les effets protecteurs de la progestérone. Pendant la prééclampsie, ils découvrent un déséquilibre chimique entre l’aldostérone et la progestérone, entraînant une hypertension artérielle pendant la grossesse.
La murale intitulée Endocrinology, peinte par Marian Dale Scott en 1943, est commandée par Hans Selye, chercheur et collaborateur contemporain d’Eleanor Hill Venning. La structure de base des hormones stéroïdiennes, au centre de la fresque, en constitue l’élément central. Plusieurs glandes endocrines productrices de stéroïdes y sont représentées, notamment les ovaires et les glandes surrénales étudiées par Venning.

Les travaux d’Eleanor Hill Venning, dans leur ensemble, témoignent de son talent de chimiste et d’endocrinologue, et transforment notre compréhension de l’impact des hormones stéroïdiennes sur la santé et la maladie.
Héritage et dernières années
Aujourd’hui, l’héritage scientifique d’Eleanor Hill Venning se reflète dans la remarquable réussite clinique et pharmaceutique qui continue d’avoir un impact sur les femmes du monde entier, près d’un siècle plus tard. On utilise encore aujourd’hui sa découverte du PdG comme base pour tester les poussées de progestérone ovarienne pendant le cycle menstruel, prédisant ainsi l’ovulation et le statut de fertilité d’une femme. Actuellement, les bandelettes de test utilisent des anticorps pour détecter le métabolite de la progestérone dans l’urine. Le marché mondial des bandelettes de test de fertilité dépasse les 2 milliards de dollars par an. Des bandelettes urinaires qui utilisent des anticorps contre une autre hormone de grossesse, la choriogonadotropine humaine (hCG), remplacent aujourd’hui le succès du PdG dans l’indication de la grossesse.
Tout au long de sa vie, Eleanor Hill Venning fait tomber de nombreuses barrières liées au sexe dans le milieu universitaire. Elle devient l’une des premières étudiantes de cycle supérieur à obtenir un doctorat en médecine expérimentale, à devenir professeure titulaire à la Faculté de médecine et à diriger le Laboratoire d’endocrinologie de la Clinique universitaire. Un article paru en 1953 dans The Montreal Gazette rapporte que la « Dre Venning estime qu’être une femme ne l’a pas empêchée de mener des recherches scientifiques ». Grâce au soutien d’Hugh Long et, par la suite, de John Browne, elle réussit à atteindre ses objectifs académiques et de recherche avec une ténacité inébranlable, à une époque où les droits des femmes demeurent difficiles à atteindre.
Eleanor Hill Venning décède à Cornwall, en Ontario, en 1988 et est enterrée sur le terrain familial du cimetière Mont-Royal à Montréal, au Québec.

Distinctions et prix
- Administratrice du Children’s Memorial Hospital (Montréal) (1948)
- Tout premier prix annuel de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (1951)
- Membre de la New York Academy of Sciences (1953)
- Vice-présidente du Canadian Council of Physiologists (1953)
- Vice-présidente de la Société canadienne de physiologie (1953)
- Présidente de la Société canadienne de physiologie (1954)
- Membre de la Société royale du Canada (1955)
- Vice-présidente de l’Endocrine Society (1957)
- Prix Fred Conrad Koch pour l’ensemble de ses réalisations de l’Endocrine Society (1962)
- Médaille du centenaire du Canada (1967)