Dominion Corset, anciennement connu sous le nom de Dominion Corset Company ltd, était un manufacturier de lingerie féminine établie à Québec. La société a été fondée par Georges-Élie Amyot et Léon Dyonnet en octobre 1886. Pendant près d’un siècle, la Dominion Corset a été l’un des plus grands fabricants de lingerie féminine au Canada et a employé plusieurs milliers de femmes. (Voir aussi Vêtement, industrie du; Femmes dans la population active.) Son usine principale à Québec, aujourd’hui connue sous le nom de La Fabrique, a été préservée et désignée lieu historique national en raison de sa valeur historique et architecturale.

Georges-Élie Amyot
La Dominion Corset est fondée par Georges-Élie Amyot de Saint-Augustin-de-Desmaures, dans le Bas-Canada (aujourd’hui le Québec). Le jeune Amyot vit dans une ferme jusqu’à l’âge de dix ans, puis devient apprenti sellier. Comme de nombreux Canadiens français du milieu et de la fin du 19e siècle, il émigre en Nouvelle-Angleterre pour exercer son métier, d’abord au Connecticut puis au Massachusetts. (Voir aussi Franco-Américains; Émigration.) En 1877, il retourne au Québec et s’installe à Montréal, occupant divers emplois dans différents secteurs. En 1879, il déménage à Québec, puis, en novembre 1881, épouse Joséphine Tanguay. Ils ont six enfants, dont cinq survivent. En 1885, il ouvre sa propre boutique, vendant des articles de mercerie ainsi que des articles de fantaisie et de nouveauté. En 1886, il est acculé à la faillite, apparemment à cause du grossiste et homme politique local Isidore Thibaudeau.
À la mi-octobre 1886, il s’associe à Léon Dyonnet qui confectionne lui-même des corsets pour approvisionner la boutique de corsets tenue par son épouse depuis 1882. Cette entreprise jette les bases de ce qui deviendra la Dominion Corset. (Voir aussi Vêtement, industrie du.) Son partenariat avec Dyonnet prend fin en 1889, mais il continue à diriger l’entreprise avec deux de ses sœurs comme associées jusqu’en 1897, année où il en devient l’unique propriétaire.
Georges-Élie Amyot se lance aussi dans d’autres projets d’entreprise. En 1895, il acquiert une brasserie qui distribue les bières Fox Head, puis, en 1909, il la vend à la National Breweries Limited, réalisant ainsi un profit considérable.
À partir de 1887, l’entrepreneur s’engage également en politique au sein du Parti libéral, principalement comme collecteur de fonds et organisateur. Il participe activement au débat sur la réciprocité à la fin des années 1880. Il est membre actif de la Chambre de commerce du Québec, qu’il préside en 1906 et en 1907. Bien qu’il soit le candidat favori du Parti libéral pour les élections partielles de 1906, il est étonnamment défait. En 1911, le premier ministre du Québec, Jean-Lomer Gouin, le nomme au Conseil législatif du Québec, la chambre haute de la province. Il y siège de 1912 à 1930.
Grâce à son sens des affaires et à ses relations politiques, il est choisi en 1922 pour sauver la Banque Nationale. Celle-ci fusionne finalement avec la Banque d’Hochelaga en 1924 pour former la Banque Canadienne Nationale, l’un des précurseurs de l’actuelle Banque Nationale du Canada. Il y occupe le poste de vice-président. Toujours en 1924, il confie la direction de la Dominion Corset à son fils, Louis-Joseph Adjutor Amyot, qui continue de développer l’entreprise.
Georges-Élie Amyot meurt subitement le 28 mars 1930, à Palm Beach, en Floride, à l’âge de 74 ans. Au moment de son décès, il est l’un des hommes les plus riches du Québec, sa fortune étant estimée à 8 millions de dollars.
Dominion Corset
L’entreprise de corsets de Georges-Élie Amyot prend rapidement de l’expansion. En 1888, l’homme d’affaires emploie une soixantaine d’ouvrières. Six ans plus tard, elles sont trois fois plus nombreuses. Il ouvre des points de vente à Montréal et à Toronto. Il est un pionnier dans l’utilisation de machines à vapeur, ce qui contribue à augmenter la production. Il acquiert également d’autres entreprises dans le but d’y intégrer verticalement sa propre usine. En 1894, il commence à fabriquer ses propres boîtes de carton, une entreprise qui deviendra la Quebec Paper Box Company. En 1916, il fonde la Canada Corset Steel and Wire Corporation, afin de manufacturer les tiges d’acier utilisées dans l’armature des corsets.
En 1897, ayant besoin d’une installation beaucoup plus grande pour produire des corsets, il acquiert une ancienne manufacture de chaussures dans le quartier Saint-Roch de la ville de Québec. Ce bâtiment est agrandi en 1907 pour suivre la croissance de l’entreprise. En 1911, à la suite d’un incendie majeur qui endommage l’édifice, il embauche Georges-Émile Tanguay pour le rénover, l’agrandir et l’embellir. Cette décision vaut à l’un comme à l’autre de nombreux éloges. L’édifice est qualifié de « plus belle manufacture du continent ».

Au tournant du siècle, la Dominion Corset emploie environ 320 personnes et produit 2 100 corsets par jour, de 125 modèles différents. Au cours des premières décennies du 20e siècle, on trouve des corsets Dominion dans tout le Canada, et plus particulièrement en Ontario et au Québec, mais aussi en Australie, en Angleterre et en Nouvelle-Zélande.
L’entreprise poursuit son expansion tout au long du 20e siècle, et la famille Amyot en conserve le contrôle jusqu’aux années 1970. Parmi ses marques figurent Daisy Fresh, NuBack et Gothic. En 1973, Dominion Corset est vendue à Canadelle WonderBra, qui continue d’exercer ses activités au même endroit jusqu’en 1988, année où elle déménage dans une nouvelle installation située dans la banlieue de Québec. L’édifice reste vacant pendant plusieurs années, puis il est rénové en 1992-1993. Il abrite aujourd’hui des bureaux pour des organismes gouvernementaux et l’École des arts visuels de l’Université Laval. L’édifice, maintenant appelé La Fabrique, est désigné lieu historique national en 2011.
Emploi des femmes et pratiques de travail
La Dominion Corset est à la fois représentative de son époque et avant-gardiste. À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, elle est une source d’emplois industriels pour les femmes célibataires. À cette époque, les femmes commencent tout juste à intégrer la main-d’œuvre industrielle. (Voir aussi Femmes dans la population active.) L’entreprise emploie également des enfants, une pratique courante à l’époque, mais qui commence à être réprouvée au tournant du 20e siècle. (Voir aussi Le travail des enfants.)
Les conditions de travail semblent difficiles. L’usine est chaude et poussiéreuse et les machines fonctionnent à la vapeur pour maintenir une production élevée. L’environnement est bruyant, étouffant et éprouvant. Les accidents sont relativement fréquents, les protections dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs n’existant pas à l’époque. De plus, l’entreprise applique une politique stricte consistant à n’employer que des femmes célibataires pour travailler dans les ateliers jusque dans les années 1950. Les femmes qui se marient pendant qu’elles sont employées chez Dominion Corset sont congédiées. Et les postes de direction, de publicité et de conception sont exclusivement réservés aux hommes.
Scandale de moralité publique

À la fin des années 1940, alors que la société canadienne tente de reprendre une vie normale après la Deuxième Guerre mondiale, le vice et la moralité publique suscitent de vives inquiétudes, notamment au Québec. La ville de Montréal acquiert une réputation de « ville du péché » en raison de ses maisons de jeux illégales, de ses spectacles burlesques et de ses bars clandestins. À cela s’ajoute l’arrivée massive de jeunes hommes et de jeunes femmes célibataires venus travailler dans l’industrie pendant la guerre, ou simplement de passage à Montréal pendant leur service militaire.
À la fin de 1948, des publicités pour les produits de Dominion Corset commencent à paraître à Montréal et à Québec. Certaines personnes les considèrent comme excessivement provocantes et décident d’écrire à l’entreprise et à son agence de publicité pour protester. Les personnes offensées par ces publicités les trouvent trop suggestives et trop semblables à des photos de pin-up. La campagne de moralité est en grande partie menée par des femmes catholiques. Leur opposition va du désir de restaurer la moralité publique à la conviction qu’il est dégradant d’exposer les femmes dans leurs sous-vêtements, même à des fins publicitaires. (Voir aussi Catholicisme au Canada.) Dominion Corset finit par remplacer les images offensantes par de nouvelles publicités de style plus impressionniste.