Projet Mémoire

Kenneth Snider (Source primaire)

En 2012, Le Projet Mémoire a interviewé Kenneth Snider, un ancien combattant de la guerre de Corée. L’enregistrement (et la transcription) qui suit est un extrait de cette entrevue. Kenneth Snider a servi dans la Marine royale canadienne de 1953 à 1973. Il est né à Galt en Ontario le 11 décembre 1936, et il s’est enrôlé dans la marine à l’âge de 16 ans. Opérateur radar de formation, Kenneth Snider a servi à bord du NCSM Iroquois lors de la troisième mission de ce navire en Corée (du 22 août 1954 au 26 décembre 1954), effectuant des patrouilles le long des côtes coréennes pour faire respecter l’armistice de juillet 1953. Dans son témoignage, Kenneth Snider décrit la vie à bord du navire en patrouille et le sauvetage d’un pêcheur coréen en mer. Il a ensuite servi en Égypte durant la crise de Suez (1956) et il a également participé à la lutte anti-sous-marine au cours de sa carrière navale.

Prenez note que les sources primaires du Projet Mémoire abordent des témoignages personnels qui reflètent les interprétations de l’orateur. Les témoignages ne reflètent pas nécessairement les opinions du Projet Mémoire ou de Historica Canada.

« Nous étions partis à la recherche d’un bateau de pêche. Arrivés sur place, tout ce que nous avons pu trouver était un homme à l’eau. Nous l’avons hissé à bord. Il était sur le point de mourir, je crois. »

Transcription

J’ai eu 16 ans le 11 décembre 1952, et je me suis enrôlé dans la Marine le 28 janvier 1953. J’étais donc tout juste un jeune homme de 16 ans. Mais j’y suis allé et c’est la meilleure chose que j’ai faite. J’ai beaucoup appris sur la vie et l’éducation. Comme je l’ai dit, je n’étais pas un excellent élève, mais la Marine et les Forces armées ont tendance à faire de vous un élève si vous en êtes capable, et la pression des pairs vous pousse à persévérer. Alors nous sommes partis à la BFC Cornwallis [Nouvelle-Écosse], et nous y avons fait notre entrainement de base. Pendant cet entrainement, la reine [Elizabeth II] a été couronnée reine et une grande cérémonie a eu lieu en Angleterre. Mais à Ottawa, il y avait un important contingent militaire sur la Colline du Parlement. Alors nous nous sommes entrainés pendant environ deux semaines en tant qu’unité militaire, et nous avons été transportés sur la Colline du Parlement avec l’armée de l’air et l’armée, pour le couronnement officiel de la reine. Voilà donc ma première expérience. Ensuite, j’ai été sélectionné, transféré ou enrôlé, sur le NCSM Iroquois, qui partait pour son troisième voyage en Corée.

Nous avons commencé à effectuer des patrouilles, et elles duraient entre trois à six semaines. Nous faisions des tours et nous nous disions que nous étions plutôt des gardiens de la paix, parce que quand ils entendaient le navire arriver, l’Iroquois, ils disaient : « Oh, nous ferions mieux de signer le traité de paix. » Alors, nous n’avons pas eu à tirer sur qui que ce soit. Mais nous devions être très prudents. Nous avions des patrouilles et de l’armement prêt à tout moment. La nuit, on jetait l’ancre et des gardes armés circulaient sur le pont supérieur. On avait aussi un canon Bofors de 40 millimètres* armé, et un équipage. J’avais le plaisir d’être l’un des chargeurs du canon, mais je n’ai jamais eu à faire. Mais nous devions rester assis près de ce canon pendant notre quart de travail ou de garde de quatre heures, et être prêts en cas de problème.

Comme nous étions les opérateurs radar, on se relayait généralement pour surveiller le radar ou tracer les mouvements autour de nous, gardant un œil sur ce qui se passait. Nous avions un radar de surface et un radar aérien, qui nous permettaient de détecter les avions. Et c’est exactement ce qu’on faisait en permanence, et quand nous n’étions pas de garde, on était des marins. On grattait la peinture, on frottait les ponts, on peinturait, et tout ce qui ne bougeait pas, on le peinturait. Alors, on travaillait avec d’autres navires, on faisait le plein en mer et on était prêts en cas de besoin. Mais nous avions aussi du temps libre, et on a visité des endroits comme Yokosuka [Japon], et de là on est allés à Hong Kong, où on a passé du temps à terre à visiter le jardin du Baume du Tigre, les musées, et tout ça.

Nous étions partis quelque part, nous étions à la recherche d’un bateau de pêche. Arrivés sur place, tout ce que nous avons pu trouver était un homme à l’eau. Nous l’avons hissé à bord. Il était sur le point de mourir, je crois, et le médecin l’a gardé sous observation pendant une semaine, parce qu’il avait une grave pneumonie et souffrait d’hypothermie. Il s’est rétabli et il est devenu un ami du navire. Après, je pense qu’il est resté à bord environ deux semaines, lorsqu’il a été rétabli, nous sommes sortis en mer et nous avons été rejoints par d’autres navires coréens tout autour de nous, et l’officier d’un petit dragueur de mines est venu, et avec la traduction, l’homme lui a raconté son histoire et il lui a dit combien il était reconnaissant que nous lui ayons sauvé la vie. Ensuite, nous avons organisé une collecte de chaussures, de vêtements et d’argent partout dans notre navire. Avec le peu d’argent qu’ils avaient à l’époque, il était très riche lorsqu’il a quitté notre navire. Alors ça a été une belle expérience.

Un jour, nous étions assis sur la plage [Paengnyong-do**] et j’ai senti quelque chose dans mon dos et je me suis retourné et c’était un jeune garçon, un enfant. Un homme commençait à s’éloigner en disant : « Present-o, present-o. » Alors j’ai dit : « Whoa whoa whoa, non, non, non, revenez! » Il nous donnait le petit garçon, et nous lui avons dit : « Non, non, vous ne pouvez pas faire ça. » Il ne comprenait pas, mais il a tout de même compris qu’on ne pouvait pas le prendre, alors on le lui a rendu. Mais j’aurais été populaire si je l’avais pris à bord avec nous, ce jeune garçon.

*Canon antiaérien automatique de conception suédoise.

**Île au large de la Corée continentale où vivaient des réfugiés coréens.

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