Projet Mémoire

Bruce Cadoret (source primaire)

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

  • Le Projet Mémoire

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Bruce Cadoret a servi avec les Royal Rifles of Canada. Il a combattu dans la bataille de Hong Kong et il a été capturé par des soldats japonais. Il a passé le reste de la guerre dans un camp de prisonniers de guerre.

Prenez note que les sources primaires du Projet Memoire abordent des temoignages personnels qui refletent les interpretations de l'orateur. Les temoignages ne refletent pas necessairement les opinions du Projet Memoire ou de Historica Canada.

Canada. Dept. of National Defence / Library and Archives Canada / PA-166999 Restrictions on use: Nil Copyright: Government of Canada
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Transcription

C’était la guerre et chacun essayait de faire sa part. Je voulais en faire autant. Alors je me suis enrôlé à Gaspé (au Québec). Le lendemain matin, j’étais dans le train pour le camp de Valcartier (au Québec).

Jusqu’à notre arrivée dans le port de Hong Kong, on n’avait aucune idée d’où on s’en allait. Tous les bateaux faisaient sonner leurs cornes de brume et c’était tellement… Tout le monde était surexcité : « Oy oy oy! » On était loin de chez nous. Tout ce qu’on nous avait dit, c’était qu’on allait faire des gardes pour renforcer les troupes sur place, comme les troupes britanniques.

J’étais avec les Bren Gun Carriers* et j’étais responsable d’un véhicule. On était censés en avoir 12 ou 14, je crois, et on en avait emprunté aux Royal Scots**. On était censés se les partager entre nous : « Tu le prends aujourd’hui, je le prends demain. »

Ils nous ont dit que nous ferions la garde. Que nous serions là juste pour aider les gens, les troupes sur place, pour renforcer les troupes déjà en place, en montant la garde. Quand ils ont commencé à nous bombarder et à nous mitrailler, ils nous ont déplacés un peu partout, ils nous envoyaient là où ils avaient besoin de plus d’hommes. On restait des jours et des jours sans dormir. On travaillait jour et nuit. La moitié du temps, on n’avait rien à manger. On recevait un petit repas et soudain ils disaient : « Allez, allez, allez! On a besoin de vous là-bas. Laissez tout tomber et allez-y. » Mais moi, j’étais plus ou moins dans les collines à trimballer cette fichue mitrailleuse légère Bren avec moi la plupart du temps. Ils nous bombardaient et ils se trouvaient partout autour de nous. Et à chaque fois qu’on bougeait, une balle nous passait au-dessus de la tête, ou quelque chose comme ça. Une balle nous ricochait sur le casque. Au bout d’un moment, vous commencez à avoir cet étrange sentiment, vous vous dites que quelque chose n’est pas comme ça devrait être. Je crois que ça a duré 18 jours, ou quelque chose comme ça. Et à un moment donné, je suppose que le commandant du camp s’est plus ou moins rendu, vous voyez.

Au début, je pesais 150 livres, et j’en pesais 108 quand j’en suis sorti.

Tous les jours ils nous répétaient qu’ils allaient gagner. « Vous êtes prisonniers de l’Empire japonais! Vous ne rentrerez jamais chez vous! Vous travaillez pour l’Empire japonais! Vous ne rentrerez jamais chez vous! » Moi je répondais : « Oh, eh bien, vous ne réussirez pas à nous battre, nous sommes aussi obstinés que vous. »

*Les Bren Carriers étaient des véhicules de transport sur chenillettes blindés, légers et équipés d’un fusil-mitrailleur Bren.

**Le 2nd Bataillon était un bataillon appelé The Royal Scots Regiment (de l’armée britannique).