Projet Mémoire

Bill Renwick (source primaire)

Ce témoignage fait partie de l’archive du Projet mémoire

  • Le Projet Mémoire

Vers 2010, le Projet Mémoire s’est entretenu avec William Johnston « Bill » Renwick, ancien combattant de la Deuxième Guerre mondiale. L’enregistrement et la transcription qui suivent proviennent de cet entretien.

Bill Renwick est né à Hamilton, en Ontario, le 31 janvier 1925. Il a commencé à travailler à la National Steel Car alors qu’il était encore adolescent. Il s’est enrôlé dans l’armée avant même ses 18 ans et a ensuite été transféré au 1er Bataillon canadien de parachutistes. Il a été parachuté en Normandie, en France, lors du jour J (6 juin 1944) et a été rapidement capturé. Après la guerre, il a travaillé chez Westinghouse et Cameco à Hamilton. Il a ensuite déménagé à Richmond Hill où il a été actif dans la section locale de la Légion royale canadienne. Il est mort le 16 janvier 2013.

Prenez note que les sources primaires du Projet Memoire abordent des temoignages personnels qui refletent les interpretations de l'orateur. Les temoignages ne refletent pas necessairement les opinions du Projet Memoire ou de Historica Canada.

Des soldats canadiens au repos à Winnipeg. Renwick et Milne ont été capturés par les allemands en même temps.
Bill Renwick à son retour chez lui, après sa détention dans un camp de prisonniers des allemands. Il ne pesait que 50 livres.
Bill Renwick est porté disparu en juillet 1944.
Bill Renwick est sain et sauf, après avoir été relaché du camp de prisonnier.
Lettre du gouvernement annonçant la libération de Bill Renwick du camp de prisonniers des allemands.
La transcription en français n’est pas disponible en ce moment. Veuillez consulter la transcription en anglais.

Transcription

Je m’appelle Bill Renwick. J’ai servi au sein du 1er Bataillon canadien de parachutistes, où j’avais le grade de caporal, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Je suis né à Hamilton. J’ai commencé à travailler à la National Steel Car où je fabriquais des obus. Pendant la guerre, nous devions nous enregistrer pour que le gouvernement sache qui travaillait où et quel âge nous avions. J’avais deux ans de plus que ce qu’ils pensaient parce que j’avais menti sur mon âge pour obtenir le travail que je faisais. Je me suis alors rendu compte que tous mes collègues s’en allaient faire la guerre. J’ai voulu y aller moi aussi.

Je suis donc allé à l’armurerie pour faire l’examen médical et à la toute fin, le médecin m’a demandé j’avais quel âge. Au même moment, un sergent a passé la tête par la porte et a voulu savoir s’il y en avait d’autres qui étaient prêts à partir pour Toronto. On m’a demandé de confirmer que j’avais bien dix-huit ans. J’ai répondu que oui.

Nous avons été parachutés au jour J en 1944. L’avion est parti le 5 juin, en fait. Les parachutistes aéroportés devaient protéger le flanc est et empêcher que quiconque traverse la rivière. Ç’aurait pu être bien pire sur les plages à l’arrivée des bateaux si nous n’avions pas été là. C’est une fierté pour nous.

J’ai vu un homme avec une charrette vers le deuxième jour. Nous voulions déterminer combien d’Allemands il y avait à un certain endroit. L’homme remontait le chemin en tenant sa fille par la main, une bâche recouvrant la charrette. L’un de nos hommes, qui parlait assez bien le français, lui a demandé s’il avait vu des Allemands sur la route. Il a dit qu’il y avait un nid de mitrailleuses allemandes au prochain virage qui nous attendait. Il était vraiment reconnaissant de nous voir. Ça se voyait qu’il avait pleuré. Dans la charrette, nous avons découvert, une fois la bâche enlevée, qu’il transportait sa femme et son fils qui avaient été tués par nos bombes. Pourtant, il a bien voulu nous donner toute l’information nécessaire vu que nous venions enfin les libérer après presque quatre ans sous domination allemande. C’était difficile d’y croire, perdre sa famille et aller tout de même saluer une personne et l’embrasser en la remerciant d’être venue. Tout devient un peu flou lorsqu’il arrive ce genre de chose.

Trois jours après le jour J, j’ai été fait prisonnier de guerre. Environ huit d’entre nous se sont fait pincer. On nous a coupé la route dans un champ et nous n’avons eu d’autre choix que de capituler. Nous avons été rassemblés et emmenés à Paris dans des wagons jusqu’à l’endroit où j’ai été emprisonné, soit Mühlberg, sur l’Elbe. C’est étrange, à bien y penser, quand on est prisonnier de guerre, dans l’enclos entouré de barbelés. Il faut s’occuper si on veut éviter de devenir fou à trop espérer pouvoir rentrer à la maison. Le meilleur moyen d’y parvenir, c’était la marche. Marcher dans l’enclos ou à l’intérieur du camp. Ne jamais s’arrêter tant que c’est possible, parce qu’on ne se rend pas compte de ce que ça nous fait.

Je me suis fait un ami dès mon premier jour au camp. Je suis entré et un gars m’a demandé d’où je venais, ce à quoi j’ai répondu que j’étais du Canada. Il m’a répondu qu’il savait, mais qu’il voulait dire d’où dans le pays. J’ai répondu Hamilton. Il m’a demandé si je connaissais un certain Red Lowe. J’ai répondu que oui. Il était dans l’enclos d’à côté. Je suis allé à l’école avec cet homme (rires)! Il y a donc eu un lien d’amitié qui s’est forgé dès le départ.

Avant l’arrivée de la Croix-Rouge, on m’avait simplement déclaré disparu. La seule façon de confirmer le sort d’un homme à l’époque, c’est si quelqu’un l’avait vu se faire tuer ou être fait prisonnier. J’ai lu un télégramme envoyé à ma mère au sujet de ma disparition et je peux imaginer comment on peut se sentir quand on reçoit ce genre de nouvelle d’une personne qu’on aime. Ça m’a dérangé, en quelque sorte.