La morue est le nom commun donné aux poissons de la classe des actinoptérygiens, de l’ordre des gadiformes et de la famille des Gadidae. Cette famille comprend environ 30 espèces qui vivent principalement au fond des mers froides. Au Canada, on trouve environ neuf espèces dans l’Atlantique, trois dans le Pacifique, et cinq dans l’Arctique. La famille comprend plusieurs poissons comestibles importants comme la morue de l’Atlantique (Gadus morhua), l’aiglefin (du genre Melanogrammus), la goberge (Pollachius virens), la morue du Pacifique (Gadus macrocephalus), et le poulamon atlantique (Microgadus tomcod). Les poissons qui ont été récemment retirés de la famille des Gadidae comprennent le brosme, la lotte, la motelle et la lingue (qui font maintenant partie des Lotidae), et le merlu (qui fait maintenant partie des Phycidae).

Description
La morue a un corps allongé, une grosse tête dotée d’une bouche puissante, trois nageoires dorsales et deux nageoires anales (à l’exception du Raniceps raninus à l’est de l’Atlantique Nord qui n’a qu’une seule longue nageoire dorsale et une seule nageoire anale). La majorité des espèces possèdent un seul barbillon charnu (protubérance semblable à un poil qui pend au bout de la mâchoire inférieure). La morue plus importante au Canada, soit la morue atlantique (Gadus morhua), a un corps massif, une large tête et une nageoire caudale (queue) presque carrée. Ses écailles sont petites et lisses et sa ligne latérale est pâle. Cette morue peut peser jusqu’à 90 kg, mais elle pèse généralement 3 ou 4 kg. Sa couleur varie du gris ou du vert argenté au brun ou rouge, selon le type de fond et de région. Sa tête et son corps sont couverts de plusieurs petites taches brunes ou rougeâtres. La morue atlantique est présente dans les deux côtés de l’Atlantique Nord. Au large des côtes de l’Amérique du Nord, elle s’étend du cap Hatteras jusqu’au sud de l’île de Baffin, mais c’est au large de Terre-Neuve-et-Labrador qu’elle est toujours plus abondante. La morue du Pacifique, qui lui est étroitement apparentée, est présente des eaux du centre de la Californie jusqu’à la mer de Béring.
Reproduction
La reproduction a généralement lieu pendant les mois plus frais, mais la période exacte dépend de la température de l’eau et de l’emplacement de l’aire de reproduction. Sur les Grands Bancs de Terre-Neuve (plus précisément sur le Grand Banc proprement dit), la reproduction a lieu entre avril et août, et sur les bancs de Nantucket, elle a lieu d’octobre à février. La morue de l’Atlantique est prolifique : une femelle de 100 cm de longueur peut pondre environ cinq millions d’œufs flottants. La durée d’éclosion dépend de la température de l’eau et peut prendre plusieurs semaines. Les jeunes morues grandissent à des rythmes différents selon les régions; plus la température est froide, plus leur croissance est lente. Les jeunes morues mangent du plancton, et à mesure qu’ils grandissent, ils se nourrissent également des organismes de fond. Mais les adultes sont voraces et se nourrissent principalement d’autres espèces de poissons (par exemple le capelan, le hareng, des crustacés et des calmars).

Pêche à la morue
La morue de l’Atlantique, une des plus importantes espèces de poissons comestibles, est pêchée sur les Grands Bancs depuis des siècles, d’abord par les peuples autochtones et plus tard par les marins européens. Après la Deuxième Guerre mondiale, la pêche se modernise, entrainant une augmentation massive des prises. Cette surpêche, conjuguée à d’autres changements des conditions océaniques, mène à une diminution de 82 % des stocks de morue exploitables entre 1962 et 1977. Lorsqu’arrive l’année 1992, le stock reproducteur de morue du Nord est tombé à moins de 1 % de son niveau maximal estimé. Le 2 juillet 1992, un moratoire sur la pêche à la morue est décrété afin de prévenir l’extinction imminente de cette espèce. Ce moratoire entraine également la vague la plus importante de mises à pied de l’histoire du Canada (voir Moratoire sur la pêche à la morue de 1992). Les ravages causés par la surpêche sont si importants que, malgré les fermetures et une gestion rigoureuse, il faut attendre jusqu’en 2008 pour observer une augmentation substantielle des stocks de morue, bien que ces chiffres continuent de fluctuer et sont loin d’atteindre les niveaux historiques. En 2024, la pêche commerciale à la morue reprend au large des côtes de Terre-Neuve-et-Labrador, une décision qui suscite des inquiétudes chez certains scientifiques, compte tenu des incertitudes quant à la durabilité de l’exploitation d’une espèce qui n’est pas encore pleinement rétablie.

Conservation et menaces
Plusieurs populations de morue sont évaluées comme étant en péril par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). La population de morue de l’Atlantique dans les lacs arctiques est particulièrement préoccupante, et les populations de morue de l’Atlantique du nord des Laurentides, du sud des Laurentides, et de Terre-Neuve-et-Labrador sont classées comme étant en voie de disparition. Aucune de ces évaluations par COSEPAC ne mène à l’inscription de ces espèces à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP), et par conséquent, elles ne bénéficient d’aucune protection spéciale au niveau fédéral en vertu de la LEP (voir Lois sur les espèces en péril au Canada). La principale menace pesant sur la morue est la surpêche commerciale.