En 1923, le Canada adopte la Loi de l’immigration chinoise, qui interdit pratiquement à tous les Chinois d’entrer au pays. À l’époque, le Canada contrôle rigoureusement l’immigration, mais cible particulièrement durement les immigrants chinois.
Toutefois, cette loi prévoit certaines exceptions, notamment pour les étudiants et les diplomates. Elle exempte également certains commerçants de certaines restrictions à condition qu’ils n’exploitent pas de blanchisseries, de restaurants ou de magasins de détail. Les Chinois qui quittent le Canada doivent y revenir dans un délai de deux ans, sinon ils perdent leur droit de retour. Au Canada, ils doivent s’enregistrer pour obtenir un certificat d’identification, sans quoi ils encourent des sanctions.
L’interdiction dure 24 ans, jusqu’à son abrogation en 1947.
Cet article est un résumé en langage simple sur la Loi de l’immigration chinoise. Si vous souhaitez approfondir le sujet, veuillez consulter l’article intégral, intitulé Loi de l’immigration chinoise.

Contexte
Des Chinois arrivent en Colombie-Britannique pendant la ruée vers l’or de 1858. Plus tard, certains y viennent pour construire le chemin de fer du Canadien Pacifique (CP).
Cependant, de nombreux Canadiens se montrent très hostiles à leur égard. Ils ne veulent pas de Chinois au Canada. Ils veulent que le Canada soit réservé aux Blancs. Certains racistes considèrent les Chinois et les Japonais comme un « péril jaune » pour le pays (Voir Racisme anti-asiatique au Canada.)

La construction du CP prend fin en 1885. Les Canadiens élaborent alors d’autres politiques contre les Asiatiques de l’Est. La même année, le Canada adopte la Loi de l’immigration chinoise, qui impose une taxe d’entrée aux personnes immigrantes d’origine chinoise. Tous les immigrants chinois doivent payer 50 $ pour entrer au pays. En 1900, cette taxe augmente à 100 $, puis passe à 500 $ en 1903. Ces sommes sont considérables à l’époque. Malgré cela, les Chinois souhaitent toujours immigrer, et la communauté chinoise continue de croître.

En 1910, le Canada adopte la Loi sur l’immigration qui interdit à certains groupes ethniques d’immigrer au Canada. Les Canadiens estiment que ces groupes ne sont pas adaptés au climat ou aux besoins du pays. Cette politique d’immigration favorise la discrimination raciale jusqu’en 1967.
Pour contrer l’immigration chinoise, le Canada opte pour une solution plus radicale : l’exclusion des immigrants chinois. Le 1er juillet 1923, il adopte la Loi de l’immigration chinoise. Cette nouvelle loi interdit en fait toute immigration chinoise au Canada.
Cette date coïncide avec la fête du Dominion, aujourd’hui la fête du Canada. Les Chinois la surnomment la « fête de l’humiliation », et beaucoup refusent d’y participer pendant des années.
Vie communautaire
La Loi sur l’immigration freine la croissance de la communauté, qui commence même à diminuer. Très peu d’immigrants chinois peuvent entrer au Canada.
Cette nouvelle loi perturbe la vie familiale. En 1941, on compte 29 033 hommes chinois au Canada. Quatre-vingts pour cent d’entre eux ont une femme et des enfants en Chine. On les appelle les « célibataires mariés ». Quelques-uns peuvent se permettre de se rendre en Chine à quelques reprises. Certains y retournent pour voir leur famille, d’autres pour se marier. La loi empêche les familles de se réunir, car elle interdit aux hommes de faire venir leurs proches au pays.
Sans famille, les hommes ont besoin de réseaux de soutien. Ils forment alors des associations traditionnelles. Certaines rassemblent des personnes portant le même nom de famille ou originaires de la même région de Chine. Ces groupes offrent une assistance financière, aident à trouver un emploi et un logement, et fournissent également des services sociaux et des lieux de rassemblement.
Les Chinois forment aussi des associations politiques. Bien que des points de vue opposés sur la politique chinoise les divisent souvent, ils parviennent à s’unir pour protester contre la Loi de l’immigration chinoise. Des organisations chinoises tentent de recourir à des moyens juridiques et politiques pour contester cette loi, mais sans succès.
Vie économique
Pendant très longtemps, les Chinois sont considérés comme des citoyens de deuxième zone au Canada. Le racisme anti-asiatique est très répandu. Ils ne peuvent pas voter ni occuper une charge publique. Ils ont également peu de possibilités d’emploi et de logement. Les travailleurs blancs et les syndicats ne veulent pas qu’ils occupent certains emplois.
Beaucoup sont endettés en raison de la taxe d’entrée. Ils se tournent vers l’ouverture de petites entreprises, tels que des blanchisseries, des restaurants et des épiceries. Ils occupent aussi des emplois que d’autres refusent, notamment ceux de cuisiniers ou de domestiques. Les immigrants d’origine chinoise préfèrent travailler fort plutôt que de quitter le Canada. Certains ont besoin d’argent pour soutenir leur famille en Chine.
Certains sont si désespérés qu’ils entrent illégalement au Canada, en utilisant de fausses identités pour pouvoir immigrer. On les appelle les « fils de papier ». Ils vivent souvent dans la crainte d’être démasqués et renvoyés en Chine.
La crise des années 1930 (1929-1939) aggrave la situation. Le taux chômage est très élevé dans la communauté chinoise, beaucoup plus élevé que dans la population canadienne blanche. Les Chinois reçoivent également moins de soutien du gouvernement.
Deuxième Guerre mondiale
La Deuxième Guerre mondiale constitue un tournant décisif dans l’histoire des Canadiens d’origine chinoise. Le Canada est allié à la Chine contre le Japon. Quelques centaines de volontaires chinois combattent aux côtés des forces canadiennes. Ils veulent prouver leur patriotisme. Ils pensent ainsi obtenir le droit de vote. (Voir Les Sino-Canadiens de la Force 136.)
Après la guerre, le Canada contribue à la création des Nations Unies (ONU). Cependant, sa politique antichinoise va à l’encontre des valeurs de l’ONU. Parallèlement, la communauté chinoise s’engage activement pour défendre ses droits.
En 1947, le Canada abroge la Loi de l’immigration chinoise. Certaines restrictions subsistent néanmoins. Seuls les Canadiens d’origine chinoise possédant la citoyenneté peuvent faire vernir au pays les membres de leur famille. À l’époque, la plupart des Chinois vivant au Canada n’ont pas la citoyenneté. La communauté continue de faire pression pour obtenir des changements.
En 1967, les restrictions en matière d’immigration fondées sur la race et l’origine nationale sont finalement supprimées.
Excuses et réparations
Pendant 20 ans, la communauté chinoise fait pression sur le gouvernement pour qu’il présente des excuses, car elle juge injuste la politique d’immigration à l’égard des personnes d’origine chinoise.
Le 22 juin 2006, le premier ministre Stephen Harper présente des excuses et le Canada verse des indemnités. Les personnes ayant payé la taxe d’entrée encore en vie ou leurs conjoints survivants peuvent bénéficier de cette compensation.

Le 15 mai 2014, la première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, présente des excuses.
En 2023, le Canada reconnaît l’exclusion des immigrants chinois comme un événement d’importance historique.