Lise Bacon C.M., G.O.Q., femme politique québécoise (née le 25 août 1934 à Salaberry‑de‑Valleyfield, au Québec; décédée le 29 octobre 2025 à Montréal). Lise Bacon a marqué l’histoire du Québec par sa trajectoire pionnière au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) et plus largement pour les femmes en politique. Elle a été la première femme à présider un parti politique au Canada et la première femme vice-première ministre du Québec. Lise Bacon a également été sénatrice de 1994 à 2009 (voir Sénat du Canada).

Jeunesse et formation
Lise Bacon est née le 25 août 1934 à Salaberry‑de‑Valleyfield, au Québec. Elle est la fille de Joseph D. Bacon et d’Yvonne Jetté.
Lise Bacon étudie à l’école Sainte-Angèle et au Collège Marie-de-l’Incarnation à Trois-Rivières. Elle fait également ses études au pensionnat Notre-Dame-du-Cap à Cap-de-la-Madeleine et à l’Académie Saint-Louis-de-Gonzague à Trois-Rivières.
Dès son jeune âge, elle s’implique politiquement, notamment auprès de son père, qui est un organisateur du Parti libéral du Québec. À 16 ans, Lise Bacon assiste aux assemblées du parti, participe aux campagnes, et prononce ses premiers discours. Le tout dans un contexte où les femmes sont peu présentes dans la sphère publique.
Dans une entrevue avec Marie-Jeanne Robin, Lise Bacon raconte que c’est par opposition à Maurice Duplessis qu’elle développe son militantisme :
J’étais étudiante. Et dans ce milieu, il y avait une certaine “conscientisation” face aux événements sociaux. C’étaient les années cinquante avec, à Québec un gouvernement très autoritaire. Quand on ne l’acceptait pas, il fallait s’engager contre. D’autant plus que j’habitais à Trois-Rivières, le comté même de Duplessis. Notre première tâche était d’inciter les gens à aller voter.
Début en politique
Dès les années 1950, Lise Bacon s’engage activement au sein du Parti libéral du Québec (PLQ) et de ses fédérations. De 1952 à 1956, elle est trésorière de l’Association des femmes libérales à Trois-Rivières. Elle occupe également les postes de :
- directrice provinciale de la Fédération des jeunes libéraux du Québec (1954-1956);
- secrétaire de l’Association des femmes libérales de Chicoutimi (1960-1961);
- présidente du Groupement régional des femmes libérales de la Mauricie (1963-1965);
- vice-présidente de la Fédération des femmes libérales du Québec pour le secteur de la Mauricie (1965-1967).
En 1967, elle devient présidente de la Fédération des femmes libérales du Québec.
Lors des élections générales québécoises de 1970, Lise Bacon souhaite être candidate dans la circonscription de Trois-Rivières. Cependant, le parti offre plutôt le comté à son frère Guy Bacon, qui sera élu député. Lise Bacon est déçue de constater que le parti est réticent à promouvoir une femme.
En septembre 1970, elle est élue présidente du PLQ et devient ainsi la première femme au Canada à présider un parti politique.
Entrée à l’Assemblée nationale et premiers mandats ministériels
Aux élections générales québécoises de 1973, on offre à Lise Bacon de se présenter dans le comté de Bourassa, à Montréal. Elle n'y connaît personne, mais elle a les noms des 500 membres de cette circonscription et les appelle tous. Elle est élue et devient alors la deuxième femme à siéger à l’Assemblée nationale du Québec, après Marie-Claire Kirkland-Casgrain. Elle est aussitôt nommée ministre d’État aux Affaires sociales, puis ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières, et enfin ministre de l’Immigration en 1976. (Voir aussi Politique d’immigration québécoise.)
Aux élections de 1976, la victoire historique du Parti québécois déstabilise le Parti libéral du Québec. Claude Ryan prend la tête du parti à la place de Robert Bourassa, avec qui Lise Bacon était très proche. C’est une période difficile pour Lise Bacon. Elle perd son siège et se heurte à une différence de vision avec son nouveau chef.
Retour en politique et ascension
Lise Bacon passe quelques années hors de l’Assemblée nationale. Elle travaille notamment comme juge à la Cour de la citoyenneté canadienne et comme vice-présidente de l’Association canadienne des compagnies d’assurance de personnes pour le Québec.
Au début des années 1980, Lise Bacon revient à la vie politique provinciale. En 1981, elle est élue dans la circonscription de Chomedey, à Laval. Elle est réélue en 1985 et 1989. Après l’élection de 1985, elle est nommée vice-première ministre du Québec. Lise Bacon est la première femme à occuper ce poste. En 1994, c’est Monique Gagnon-Tremblay qui prend la relève.
En parallèle de son rôle de vice-première ministre, Lise Bacon assume plusieurs portefeuilles majeurs au cours de sa carrière. Elle est ministre des Affaires culturelles, ministre responsable de la Charte de la langue française (voir Loi 101), ministre de l’Environnement, ministre de l’Énergie et des Ressources.
En 1994, Lise Bacon quitte la scène politique provinciale. Le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, la nomme sénatrice pour la division de De la Durantaye. Elle occupe ce siège jusqu’à sa retraite obligatoire en 2009. Durant son passage au Sénat, elle siège à plusieurs comités, notamment sur le comité des transports et des communications ainsi que le comité de la régie interne, des budgets et de l’administration. Elle représente également le Canada à l’étranger.
Principales réalisations
Alors ministre d’État aux Affaires sociales, Lise Bacon pilote une réforme importante en 1974 pour aider les familles. Le plan Bacon constitue la première politique en matière de services de garde au Québec. Celui-ci ouvre la voie au système de garderies universelles.
Parmi ses autres contributions notables figure l’adoption de la Loi sur le statut professionnel et les conditions d’engagement des artistes de la scène, du disque et du cinéma. Cette loi permet aux artistes de négocier collectivement leurs conditions de travail. C’est un changement considérable qui protège des travailleurs et travailleuses en situation souvent précaire. Elle défend le projet bec et ongles. Lise Bacon menace même Robert Bourassa de démissionner s’il n’est pas adopté. « […] prendre soin de ses artistes […], ça donne une âme à un gouvernement », souligne Lise Bacon dans Mémoires de députés en 2017. Son initiative est reprise dans plusieurs pays.
Dans ses fonctions comme ministre de l’Environnement, puis ministre de l’Énergie et des Ressources, elle doit composer avec les grands enjeux de la modernisation, de la protection de l’environnement et du développement économique régional à une époque de transformation pour le Québec.
Outre sa carrière politique, Lise Bacon a fait partie de nombreux conseils d'administration, notamment à l'Espace Go, au Théâtre du Rideau Vert, à OXFAM-Québec et à l’Institut du cancer de Montréal (voir Cancer).
Distinctions et Héritage
Lise Bacon reçoit de nombreuses distinctions en reconnaissance de sa carrière. Elle est nommée officière de l’Ordre national de la Légion d’honneur de la France en 2003, grande officière de l’Ordre national du Québec en 2004 et décorée de l’Ordre du Canada en 2010.
Ces honneurs soulignent son apport non seulement à la représentation des femmes en politique, mais aussi à la promotion de la langue française, de la culture québécoise et du service public.