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Village de Montréal

Le Village est le quartier gai de Montréal, centré autour de la rue Sainte-Catherine entre les rues Berri et Papineau. C’est un lieu bouillonnant de culture, façonné par et pour la communauté 2SLGBTQ+ et qui ne cesse de se réinventer. Le quartier est le fruit de plusieurs décennies de résilience face à l’adversité et aux contraintes socioéconomiques.


Histoire et évolution

Dans les années 1970, le Village gai est d’abord connu de manière informelle par les communautés gaies. Il existait sans porter ce nom à titre officiel. À l’époque, le Village gai s’ancre dans l’ouest du centre-ville de Montréal, surtout autour de l’axe des rues Peel et Sainte-Catherine.

Les descentes policières contre la communauté gaie sont fréquentes. Ces « nettoyages » visent à rendre le centre-ville plus conforme aux normes morales d’une société plus hostile aux personnes gaies. (Voir Descente policière au bar Truxx.) Ces opérations policières et les facteurs socioéconomiques forcent plusieurs établissements à fermer ou à déménager vers l’est de la ville à proximité du quartier du Red Light.

C’est en 1982 que voit le jour le « Nouveau Village de l’Est », connu dès 1984 sous le nom de Village gai. Plus tard, en 2021, on renomme l’endroit simplement Village dans une optique d’inclusion. Le quartier se rattache à l’arrondissement de Ville-Marie.

Pour plusieurs, le Village était auparavant un espace exclusif pour les hommes cisgenres homosexuels. On y constate aussi une petite présence de la communauté lesbienne. (Voir Homosexualité.) Les membres de celle-ci fréquentent des établissements de la rue Saint-Denis ou du Plateau-Mont-Royal avant de migrer vers le Village au tournant des années 1990.

Vie économique et enjeux sociaux

Avant la création du Village, ce quartier ouvrier était l’un des endroits les plus pauvres au Canada. Au départ, un commerce sur deux dans le quartier est inoccupé et beaucoup de logements sont vétustes. Toutefois, leur abordabilité en fait un emplacement de choix malgré la pauvreté qui y sévit.

La vie économique gravite autour du magasin de bien-être sexuel Priape. Dans les années 1970, cette boutique érotique s’adresse aux personnes hétérosexuelles. Au fil du temps, elle joue un rôle de plus en plus central auprès de la clientèle homosexuelle masculine. Éventuellement, le magasin se consacre pleinement à cette clientèle dans son offre de produits. Des bars gais et des saunas ouvrent autour de la boutique et les hommes gais s’installent peu à peu dans le quartier. Aujourd’hui, Priape ne cible plus que les hommes gais et a élargi son offre de produits, tout en se concentrant sur les scènes souterraines et fétichistes.

Saviez-vous que?
En octobre 2013, la boutique Priape a dû temporairement fermer ses portes. Déjà fragile financièrement, Priape a souffert de l’interdiction de la vente de la drogue récréative poppers imposée par Santé Canada.


En 1984, la clinique L’Actuel voit le jour, une clinique spécialisée en santé sexuelle des populations 2SLGBTQ+. En effet, dans les années 1980, le sida fait des ravages, fragilisant la communauté alors en pleine effervescence. Par crainte de la maladie, des individus vont jusqu’à déménager pour s’en éloigner.

Le travail du sexe est également une réalité. Des activistes pour les droits des travailleuses et travailleurs du sexe soutiennent que leurs intérêts s’imbriquent avec ceux des communautés 2SLGBTQ+ du Village. Iels évoquent notamment l’invisibilisation du travail du sexe 2SLGBTQ+ dans le quartier. Ces activistes critiquent également le fait qu’iels sont visés par des répressions policières semblables et touchés par les mêmes crises, notamment le sida.

En 2006, la création de la Société de développement commercial (SDC) du Village aide à multiplier le nombre de commerces. Il y a désormais environ 255 commerces, y compris 80 bars et restaurants.

De nos jours, le Village accueille annuellement plus d’un million de personnes. Depuis une vingtaine d’années, le quartier est également piétonnisé en été pour faciliter l’accès pédestre et stimuler l’économie.

Au fil du temps, l’ouverture de commerces incite la communauté gaie à s’y installer. Bien que le quartier se soit embourgeoisé, la pauvreté persiste. Plusieurs personnes en situation d’itinérance, certaines éprouvant des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie, y trouvent refuge. Avec la pandémie de COVID-19, cette situation s’est aggravée. Il y a considérablement plus de personnes en situation d’itinérance que de ressources pour leur venir en aide. Cette problématique embête plusieurs propriétaires de commerce et leurs clientèles. Certains croient qu’il faudrait une présence policière accrue pour prévenir le déclin de ce lieu emblématique. D’autres pensent que cela engendrerait le profilage racial.

En 2020, la SDC du Village considère que l’embourgeoisement et la normalisation de la culture gaie et lesbienne causent du tort à l’économie du quartier. Selon plusieurs, l’avènement d’Internet et des applications de rencontre diminuent également la force économique du Village.

La spéculation immobilière et la crise du logement nuisent également aux commerces. La plupart des commerçants et commerçantes ne sont pas propriétaires de leur édifice. Iels subissent de fortes hausses de loyers et certains doivent fermer boutique.

Un grand nombre d’organismes communautaires variés œuvrent dans le Village.

Culture

Malgré les défis socioéconomiques, le Village s’impose comme le plus important pôle culturel de la communauté 2SLGBTQ+ au Québec. On y retrouve des boutiques culturelles et de nombreuses salles de théâtre, de spectacle, de cinéma et de drag. De plus, les expositions extérieures, l’art urbain et les murales sont bien présents dans le Village.

En 2002, Luc Provost (Mado Lamotte de son nom de scène), un étudiant en théâtre de l’UQAM, fonde le Cabaret Mado, qui offre des spectacles de drag. Le cabaret, le Café Cléopâtre et d’autres établissements contribuent à faire de Montréal une plaque tournante de la culture 2SLGBTQ+ au Québec.

Érigée en 2011, l’œuvre Boules roses de l’architecte paysagiste Claude Cormier décore le cœur du Village avec ses 170 000 boules de couleur rose suspendues sur un kilomètre au-dessus de la rue Sainte-Catherine. Elle devient une œuvre reconnue et célébrée à l’international. En 2017, l’installation est renommée 18 nuances de gai : 180 000 boules prennent alors les couleurs de l’arc-en-ciel à l’image du drapeau de la Fierté et ce, jusqu’en 2019.

Des gens marchent dans la rue, bordée d'arbres et de panneaux. Des boules multicolores sont suspendues au-dessus.

La pandémie de COVID-19 et les mesures sanitaires ont un grand impact négatif sur la vie culturelle du Village. Les commerces sont durement frappés alors que plusieurs s'inquiètent des problèmes liés à l’itinérance et à la criminalité. L’administration de Valérie Plante élabore un plan de revitalisation qui doit s’achever en 2030 et qui permettra au Village de faire peau neuve.

La décision prise en 2021 de changer le nom du quartier de Village gai à Village s’accompagne d’actions concrètes pour favoriser l’inclusion et l’accessibilité. On cherche à s’éloigner d’une approche centrée sur les personnes gaies et cisgenres masculines pour promouvoir l’inclusion des autres membres de la communauté 2SLGBTQ+. (Voir Intersectionnalité.) À cet égard, on remarque une augmentation des investissements dans la vie culturelle, diurne et nocturne. Afin de soutenir les communautés sous-représentées et marginalisées, de plus en plus d’activités, de spectacles et de fêtes sont offerts gratuitement ou à bas prix.

Aujourd'hui, le Village est toujours l’épicentre du tourisme et des festivités gaies. Néanmoins, plusieurs communautés 2SLGBTQ+ se rassemblent à l’extérieur de celui-ci, notamment au Club DD’s, au bar Champs dans Le Plateau-Mont-Royal, à des soirées lesbiennes au Cinéma L’Amour ainsi que dans d’autres établissements répartis à travers la ville.

De plus, certaines fêtes improvisées, plus accessibles, se déroulent dans des parcs ou d’autres lieux extérieurs. Cependant, la police surveille et interdit souvent ces évènements, parfois de manière abusive.

Cette décentralisation s’explique en partie par le fait que des personnes plus marginalisées ne se sentent pas en sécurité dans le Village, notamment les personnes racisées et/ou trans. Certaines personnes trouvent en effet incommodante la fréquentation trop nombreuse de personnes hétérosexuelles dans les bars 2SLGBTQ+. De plus, certains évènements improvisés sont plus accessibles au point de vue financier.