Sainte-Madeleine est une colonie métisse d’environ 250 habitants située au Manitoba, à la frontière de la Saskatchewan. Des familles et des citoyens métis de la rivière Rouge s’y établissent à la fin des années 1800 et au début des années 1900. Ils y vivent jusqu’à ce que le gouvernement mette en œuvre la Loi sur le rétablissement agricole des Prairies de 1935 (voir Administration du rétablissement agricole des Prairies). Cette loi vise à aider les agriculteurs en période de sécheresse. Cependant, elle dépossède les membres de la collectivité de leurs terres. En 1939, la collectivité est dissoute et les terres sont converties en pâturages. Les Métis sont expulsés de leurs terres et se voient accorder une indemnisation dérisoire, voire inexistante.
Vie communautaire
À la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le gouvernement du Canada met en place un système de certificat. Grâce à ce système, les Métis peuvent échanger leur titre autochtone contre des terres ou de l’argent. Malheureusement, il ouvre la porte à la fraude et à l’exploitation. En effet, certains Métis sont contraints de vendre leurs certificats à des spéculateurs à un prix dérisoire, tandis que d’autres sont trompés sur leur valeur réelle. Parfois, les terres se trouvent loin du bureau des titres fonciers, et il leur est impossible d’y aller. Ces politiques entraînent une perte généralisée de terres et de ressources.
Sainte-Madeleine est fondée à la fin des années 1800 et au début des années 1900 en tant que collectivité métisse. En 1902, le père Jules Decorby y établit une mission catholique romaine.
En 1987, Louis Pelletier, un ancien résident, déclare au Winnipeg Sun que la possession de ces terres favorise le développement de la collectivité. « On pouvait obtenir de bonnes récoltes dans le sable, si le temps était propice », raconte-t-il. Cependant, beaucoup travaillent comme ouvriers agricoles dans d’autres fermes.
Crise des années 1930
Tout comme de nombreuses collectivités des Prairies, la collectivité de Sainte-Madeleine fait face à des défis en raison d’une sécheresse dévastatrice et d’un choc économique mondial après le krach boursier de 1929 (voir La crise des années 1930 au Canada). Norman Fleury, un aîné de la collectivité, raconte qu’à la fin des années 1930, la sécheresse qui sévit dans la région incite de plus en plus de personnes à s’y établir pour y pratiquer l’agriculture de subsistance. Certains ont quelques vaches et chevaux, et la région regorge de baies et d’herbes, selon lui.
Bon nombre de familles métisses, comme d’autres familles de la province et du pays, ont de la difficulté à payer leurs impôts. Les membres de la collectivité de Sainte-Madeleine se voient confisquer leurs terres, sans restitution, à moins de payer intégralement leurs impôts fonciers. De plus, le gouvernement considère que ces terres ne sont pas propices à la vie communautaire et souhaite les convertir en pâturages.
Selon la Manitoba Métis Federation (MMF), le gouvernement fédéral incendie leurs maisons en 1939 pendant que plusieurs familles sont absentes pour l’été. Elles travaillent soit pour des agriculteurs locaux, soit sur la terre. Souvent composées de 10 enfants ou plus, elles sont expulsées ou, à leur retour, découvrent qu’elles n’ont nulle part où vivre.
Selon Joe Venne, qui a passé une partie de son enfance à Sainte-Madeleine, certains Métis sont contraints de quitter leur terre pour s’installer à Selby Town, tandis que d’autres migrent plus au nord, vers Winnepegosis et Crane River. Bien que certains se voient promettre 150 $, plusieurs ne touchent jamais cette somme. Pour cet ancien résident, on a commis un crime contre les Métis en raison de la manière dont on les a chassés de leurs terres.
Les membres de ces familles racontent à leurs descendants comment ils ont perdu leurs terres. La MMF collecte ces récits pour sensibiliser l’opinion publique à cette expulsion.
Monuments commémoratifs et célébrations
Pendant plusieurs décennies après la destruction de Sainte-Madeleine, on reconnaît peu les pertes subies par les Métis dans les Prairies.
Dans les années 1960-1970, la nation métisse commence à se revitaliser. Elle bénéficie du soutien d’organisations telles que la Manitoba Métis Federation, qui commencent à documenter des injustices historiques, comme la destruction de Sainte-Madeleine, et à s’organiser.
Le cimetière de Sainte-Madeleine est un lieu de commémoration dans la région. Il accueille chaque année des milliers de citoyens métis de la rivière Rouge lors des Journées métisses Sainte-Madeleine, un événement qui vise à faire revivre leur culture.
Ce cimetière renferme un pavillon orné d’une cloche d’église et d’une plaque racontant l’histoire de la collectivité de Sainte-Madeleine. La cloche provient de l’Église catholique romaine Saint-Hubert, située dans la Première Nation Gambler voisine (voir aussi Premières Nations au Manitoba). On l’a retirée du bâtiment juste avant l’incendie de l’église en 2016.
Restitution des terres
Le 19 juillet 2024, le gouvernement du Manitoba et la Manitoba Métis Federation (MMF) concluent une entente historique visant à restituer aux Métis une partie des anciennes terres de Sainte-Madeleine. Le premier ministre du Manitoba Wab Kinew se rend à Sainte-Madeleine pendant les Journées métisses pour signer un protocole d’entente avec le président de la MMF, David Chartrand. L’entente restitue aux Métis environ 100 acres (40 hectares) de terres de la Couronne. Lors de la signature, le premier ministre Kinew déclare : « Le protocole d’entente constitue une étape importante pour redresser ce tort historique. » Il reconnaît la dépossession des résidents métis.